QUATRIEME DIMANCHE D’AVENT

(Cycle C)

 

Miche 5,1-5

Hébreux 10,5-10

Luc 1,39-48a

 

Ce dernier dimanche d’avent est une véritable liturgie de préparation à la naissance du Seigneur. Le prophète Michée déclare :  « Et toi (Bethléem) Ephrata, le moindre des clans de Juda, c’est de toi que me naîtra celui qui doit régner sur Israël » (Mi 5,1) ; le Christ affirme dans la lettre aux Hébreux : « voici, je viens, car c’est de moi qu’il est question dans le rouleau du livre, pour faire, ô Dieu, ta volonté » (He 10,7) ; et Elisabeth s’exclame : « et comment m’est-il possible que vienne à moi la mère de mon Seigneur ? » (Lc 1,43). Nous célébrons la joyeuse venue, l’entrée de Dieu dans notre histoire et dans notre chair. Nous fixons surtout nos yeux sur Marie, Mère du Messie et nouvelle arche de l’alliance, afin de vivre le mystère de la naissance de Jésus avec une foi simple et un cœur ouvert à Dieu et aux autres.

 

La première lecture (Mi 5,1-5) est extraite du livre du prophète Michée. C’est un prophète qui a vécu vers le VIIIe siècle a.C et qui, avec un profond sens de justice, dénonça la corruption, la violence et l’oppression qui paralysaient l’histoire de ce peuple. Au milieu de ce panorama désolant, le prophète pousse un cri d’espérance. Une lumière neuve surgira de Bethléem, la ville du roi David, comme accomplissement de l’antique prophétie de Nathan (2 Sam 7). Dieu fera jaillir une nouvelle lumière salvatrice, de la dynastie de David, c’est-à-dire, au milieu des vicissitudes de l’histoire humaines. Après le temps de souffrance viendront le retour du « reste » et la naissance d’un enfant (v. 2). « Au temps où aura enfanté celle qui doit enfanter » (v. 2), surgira un pasteur. « Il se dressera, il fera paître son troupeau par la puissance de Yahvé, par la majesté du nom de son

Dieu » (v. 3). L’enfant qui naîtra sera « pasteur », comme David, le roi pasteur. Il instaurera la paix et la justice en Israël.  « Celui-ci sera la paix » (v. 4). Le texte se conclu avec une allusion au « shalom », à la paix qui ne peut être définitivement offerte que par le Messie.

 

La seconde lecture (He 10, 5-10) est une splendide méditation sur le mystère de l’incarnation. A partir de certains versets du psaume 40, l’auteur de la lettre aux Hébreux présente la nouveauté de l’événement historique du Christ. Les sacrifices et holocaustes de l’ancienne alliance, signes efficaces du salut offert aux hommes, sont substitués par le « corps » de Jésus, lequel intervient dans l’histoire de l’humanité et s’offre pour le salut de tous. Le mystère personnel du Christ, vrai Dieu et vrai homme, rend possible une nouvelle rencontre entre Dieu et l’humanité. Ce n’est plus à travers un rite froid mais plutôt par l’intermédiaire de la présence vivante et humaine d’un corps : « nous sommes sanctifiés par l’oblation du corps de Jésus Christ, une fois pour toutes » (He 10,10).

 

L’évangile (Lc 1, 39-56) nous parle de la rencontre entre Marie et Elisabeth. La Mère du Seigneur est présentée comme la nouvelle arche de l’alliance. Le cri d’Elisabeth : « bénie es-tu entre les femmes, et béni le fruit de son sein ! Et comment m’est-il donné que vienne à moi la mère de mon Seigneur ? » (Lc 1, 42-43), représente la stupeur de la communauté croyante devant l’arche de Dieu au milieu de son peuple et, c’est le signe que Dieu convoque les hommes  à une alliance parfaite et définitive. Le récit de la visitation nous rappelle 2 Sam 6,9, où nous lisons que David s’écria, à la vue de l’arche du Seigneur qui avançait vers Jérusalem : « comment l’arche du Seigneur pourrait arriver à moi ? ». C’est la même phrase qu’emploi Elisabeth, à la seule différence que « arche du Seigneur » est substituée par « mère du Seigneur ». Marie apparaît ainsi comme signe de la proximité amoureuse de Dieu. Comme nouvel arche, elle porte en son sein le Christ, le Messie de l’alliance nouvelle et éternelle. Elle est la nouvelle terre que Dieu féconde avec son Esprit (Lc 1,35a ; Gn 1,2 ; Ez 37, 14 ;  Ps 104, 30), le nouveau tabernacle de l’alliance, couvert par l’ombre du Tout Puissant (Lc 1,35b ; Ex 40,34 ; Ps 91,1 ; 121,5) ; le nouvel Israël qui dialogue avec Dieu et accomplit toujours son alliance (Lc 1,34.38 ; Ex 19,8 ; Jos 24,24).

 

Elisabeth appelle Marie la mère de mon Seigneur. Elle a découvert que Marie appartient à la nouvelle réalité du règne qui est entré dans le nouveau monde de Dieu. Marie a cru, et c’est pour cette foi qu’elle porte la vie divine en ses entrailles. Elisabeth dit ensuite : « bénie es-tu entre les femmes, et béni le fruit de ton sein ! ». Dans la Bible, la bénédiction de Dieu est synonyme de vie, de fécondité, de paix et de salut. Jésus est la bénédiction pleine et définitive que Dieu donne aux hommes. Jésus, celui que Marie porte en son sein, est le Béni. C’est pourquoi sa mère est bénie elle aussi en tant que celle qui porte la vie définitive au monde. Elle est bénie entre les femmes, c’est-à-dire, entre ceux qui génèrent et donnent la vie à travers l’histoire. Elisabeth proclame, enfin, la grande  béatitude de Marie : « Bienheureuse celle qui a cru (en grec :  he pisteúsasa, la croyante) ! » (Lc 1,45). Marie est la première entres les bienheureux (cf. Lc 6, 20-21), la première entre les pauvres de ce monde qui, au milieu de leur même pauvreté et leurs pleurs, ont reçu la grâce de Dieu et ont répondu par la suite avec foi et un esprit ouvert au projet de Dieu. Marie appartient à Dieu. C’est pourquoi elle est grande et heureuse : elle a reçu le don de Dieu, a cru, et c’est en s’appuyant sur cette foi qu’elle peut se présenter comme celle qui porte Dieu parmi les hommes.

Marie est une femme de notre histoire ouverte à Dieu et aux hommes. Elle vécut toujours animée de gratuité et prête à se donner. C’est pour cela que son cantique de louange, le Magnificat, est vue comme la prière des pauvres du Seigneur, une louange de reconnaissance pour la présence de Dieu, lequel vient sauver son peuple. A travers ce chant de Marie, l’on célèbre l’acte de miséricorde suprême et définitif que Dieu a réalisé en faveur des hommes, à travers la naissance et la résurrection-exaltation du Messie Seigneur. Avec humilité, Marie accueille les paroles de salutation et de bénédiction que lui adresse Elisabeth. Elle ne refuse pas le mystère ni rejette la force et la joie de la grâce. Elle ne cache pas ce que Dieu est entrain de se réaliser dans sa vie. Marie se laisse surprendre par la jouissance et la présence de la grâce de Dieu. Ainsi, elle répond en rendant à Dieu la gloire et la louange que Elisabeth lui a offert : « Mon âme exalte le Seigneur, et mon esprit trésaille de joie en Dieu mon Sauveur, parce qu’il a jeté les yeux sur l’abaissement de sa servante » (Lc 1,47-48). Toute l’existence de Marie est un chant de louange à Dieu qui a opéré de grandes œuvres dans sa vie « Oui, désormais toutes les générations me diront bienheureuse, car le Tout Puissant a fait pour moi de grandes choses. Saint est son nom, et sa miséricorde d’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent » (Lc 1, 48-50). Au nom de toute l’humanité, la Vierge se reconnaît aimée de Dieu, son Seigneur et en chante la reconnaissance.