L’ASCENSION DU SEIGNEUR

 

Les paroles que les « deux hommes vêtus de blanc » adressent aux apôtres dans Act. 1,11 synthétisent la théologie et la spiritualité de cette solennité : « pourquoi restez-vous ainsi à regarder le ciel? » (Act. 1,11). C’est une invitation à ne pas perdre passivement du temps quand on est appelé à être témoin de Jésus et à ne pas attendre du ciel des solutions miraculeuses ou révélations spéciales. La disparition matérielle de Jésus marque le début de la mission et de l’engagement de l’Eglise. La foi véritable s’exprime, selon les paroles de Jésus dans Act. 1,8, à travers l’expérience de la force de l’Esprit Saint, par le témoignage chrétien dans le monde et à travers l’ouverture universelle de l’Eglise. L’Ascension, plus qu’un souvenir, est une exigence et un appel à la mission et à l’engagement.

Dans la première lecture, (Act. 1,1-11), pour comprendre la narration de Luc, il faut tenir compte qu’il utilise un traditionnel schéma symbolique, présent dans tant de religions et de même dans la Bible qui attribut à « l’au-dela », au « ciel »,tout ce qui est meilleur et qui domine dans le domaine horizontal de notre monde « d’ici bas », et dans lequel se situe le mal et la mort. Pour cela, la Bible dit plusieurs fois que Dieu « s’abaisse » du ciel pour parler avec l’homme (Gn 11,5 ; Ex 19,11-13 ; Ps 144,5) et de nouveau « monte » après avoir réalisé son oeuvre (Gn 17,22). C’est pourquoi le langage symbolique del l’Escension doit être interprété selon des schémas spéciaux, qui représentent seulement l’enveloppe externe de la vérité que l’on veut communiquer. Il est nécessaire de lire l’Ascension depuis l’optique de la Pâques et tirer de ce mystère le message fondamental : Jésus a été introduit éternellement dans le monde de la transcendence et dans le monde du divin. Luc a tenté de rendre visible l’affirmation de foi en relation avec la plénitude divine du Ressuscité et sa seigneurie absolue sur le monde. Toutefois, dans le texte, l’accent est mis surtout sur « l’Adieu ». Il s’agit d’une « séparation ». Le Seigneur Jésus n’est plus physiquement présent au milieu de nous ; son corps glorifié est maintenant présent dans l’histoire avec la force vivifiante de Dieu. La « nuée » qui dissimule Jésus de la vue des disciples est précisement le signe de cette nouvelle forme de présence. Un signe que, au même moment, « cache » et « révèle » la transcendence de Dieu. Dans l ‘Ancien Testament, la nuée –qui cachait la présence de Yahvéh- indiquait, en même temps, sa proximité : une présence cachée et majestueuse, mais certaine et salvifique pour son peuple.(cf. Ex 13,21 ; 24,16. 18 ;33,9-11 ; 34,5 ; Ez 1,4 ; Ps 96/97,2 ; etc.). Les apôtres apparaissent « regardant attentivement » Jésus jusqu’au dernier moment (v.10). Ce « regarder » ne doit pas être entendu dans un sens matériel. Avec cette indication, Luc veut souligner qu’ils sont témoins de toute l’histoirede Jésus, inclus le moment de la plénitude du mystère pascal, quand Jésus est glorifié et introduit dans le monde de Dieu. Ainsi come Élisée qui, regardant Élie qui était élevé au ciel dans un char de feu, fut digne de recevoir les deux tiers de son esprit (2 R 2,9-12), de même les apôtres qui « regardent » Jésus recevront l’Esprit de Jésus. Le Ressuscité continuera d’être présent dans les apôtres à travers l’Esprit. Après l’Ascension du Seigneur et jusqu’au jour où il reveindra de la même manière que nous l’avons vu partir (v.10), les apôtres et, avec eux, l’Eglise de tous les temps a une mission : être ses témoins jusqu’aux extrémités de la terre.

L’évangile (Mc 16,14-20) fait partie de la nommée « fin canonique » de l’évangile de Marc (Mc 16,9-20), qui ne fut pas écrit par l’évangéliste, mais fut ajouté à son livre probablement au II siècle ap.C., comme le démontre l’analyse des manuscrits grecs et toute la problématique textuelle qui dérivent de ceux-ci. Malgré que Marc ne soit pas l’auteur de ces versets, il s’agit d’un texte canonique et inspiré qui contient un riche message spirituel, que nous synthétiserions en trois idées :

(a)               La dureté du coeur.- En premier lieu, Jésus ressuscité reproche aux disciples leur sklêrokardía (« dureté du coeur ») (Mc 16,14), une espèce d’infirmité spirituelle qui leur a empeché de le reconnaitre et participer à la joie pascale. La sklêrokardía se manifeste à travers certains symtômes : l’incapacité de croire que les choses peuvent être différentes et meilleures, le refus des mystérieux desseins de Dieu, exessive sécurité en ce que l’on connait et dans les propres capacités, peur de s’abandonner et se risquer dans les nouveaux chemins de Dieu, etc. C’est l’infirmité spirituelle qui rend impossible la foi, fait obstacle à l’espérance et rend difficile l’amour.

(b)              La mission dans un monde hostile.- Malgré la difficulté que les disciples ont eu pour accepter la résurrection de Jésus, il les envoi en mission “dans tout le monde”. Les barrières des peuples ont disparu et Jésus ressuscité est le Seigneur de toute la terre, qui leur confie un message sans distinction de personnes, qui offre aux hommes une double option: croire, être baptisé et bénéficier du salut, ou ne pas croire et être condamné (v. 15). Une espèce de “double chemin”, selon le style de Dt 30,15: je mets devant toi la vie et le bien, la mort et le mal. Le message évangélique ne s’impose pas. Chacun devra décider. La mission est décrite par Jésus avec ces signes: les disciples mettront en déroute toutes les manifestations du mal en son nom (“ils expulseront les démons”); avec sa parole et ses oeuvres ils feront du bien à tous, surtout à les plus nécessiteux (ils imposeront les mains aux infirmes et ils guériront”); ils porteront la parole de l’évangile à toutes les nations et cultures du monde (“ils parleront de nouvelles langues”); ils réaliseront la mission au milieu d’un monde hostile, plein de dangers (“serpents”, “poison”), mais rien ne pourra leur faire du mal.

(c)               La présence constante de Jésus au milieu des disciples.- L’Ascension est raccontée en une seule phrase: “Le Seigneur Jésus, après leur avoir parlé, fut enlevé au ciel et s’assit à la droite de Dieu” (v.19). Le langage est théologique et symbolique. De nouveau, comme en Luc, apparaît le symbolisme spacial “haut”- “bas” pour exprimer le passage de Jésus, de la conditions historique à la condition glorieuse, du monde des hommes au monde de la transcendence divine. C’est une forme pour indiquer la séparation qui se produisit entre Jésus et les disciples après la Pâques. “Se sentir à la droite de Dieu”, en échange, c’est une phrase qui indique la souveraineté de Jésus, qui comme Seigneur de l’histoire domine sur tout l’univers, établi comme un monarque et participant du pouvoir (“la main droite”) de Dieu. Par la suite, le texte affirme: “ils s’en allèrent prêcher en tout lieu, le Seigneur agissant avec eux et confirmant la Parole par les signes qui l’accompagnaient” (v.20). Le même Jésus, qui comme Seigneur de l’histoire a été intronisé de façon glorieuse dans le monde de Dieu, est présent au milieu des disciples, oeuvrant avec eux et à travers eux. L’évangile de Marc se conclu avec une parole de grande espérance. Jésus est au milieu de l’Eglise, il l’accompagne toujours et oeuvre à travers elle. Le Ressuscité, le Seigneur de la vie et de la mort, est avec nous et chemine avec nous jusqu’à la fin des temps.